« Nettoyer, balayer, astiquer. » Tel est le quotidien de nombreuses personnes allergiques aux acariens. La moitié des personnes asthmatiques souffrent de cette réaction immunitaire. Un comprimé quotidien pourrait éviter que leurs crises ne s’aggravent à cause de ces arachnides microscopiques. C’est ce que démontre un essai clinique en partie mené en France et paru dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) alors que la Journée mondiale de l'asthme se tient ce mardi.
Des traitements pas toujours efficaces
Chez les personnes souffrant d’asthme, la présence d’une allergie favorise les aggravations brutales de la maladie, connues sous le nom d’exacerbation. Elle détériore aussi les symptômes de manière notable. Face à cela, deux options médicamenteuses d’efficacité modérée puisque l’asthme est instable dans 30 % des cas. L’approche la plus durable reste la désensibilisation, utilisée depuis une vingtaine d’années en France.
Dans cet essai clinique, les chercheurs ont rassemblé 834 adultes dont l’allergie aux acariens de poussière domestique était diagnostiquée et qui souffraient d’asthme. Ils ont été séparés en trois groupes, deux servant à tester deux doses différentes d’immunothérapie et un servant de contrôle. Si les formes d’asthme les plus sévères ont été exclues, en raison du risque, l’équipe a tenu à sélectionner des patients aux profils variés.
« On a choisi une population qui suit un traitement au long cours, dont l’asthme n’est pas bien contrôlé grâce à ce traitement, explique Frédéric De Blay, investigateur et co-auteur de l’étude. La désensibilisation leur a permis, lorsqu’on réduisait les corticoïdes, de réduire l’apparition des exacerbations. »
Moins d’aggravations de l’asthme
Pendant l’année de suivi, les chercheurs ont réduit la corticothérapie de 50 % puis ils ont totalement interrompu le traitement au bout de trois mois. Cette technique a permis de réduire de 30 % le risque d’aggravation de l’asthme. Le recours aux corticoïdes inhalés, indiqués en cas de crise d’asthme, a chuté dans la même proportion.
« Des personnes qui avaient toujours pris des corticoïdes inhalés n’en prenaient plus, dont certains de mes patients, se félicite Frédéric De Blay. L’apparition des premières exacerbations, qui se manifestent par la prise de médicaments, par des gênes pendant plusieurs jours, se produisait moins fréquemment dans le groupe désensibilisé que dans le groupe placebo. »
98 % de désensibilisations sublinguales
L’approche est d’autant plus intéressante qu’elle provoque relativement peu d’effets secondaires. Les plus fréquents consistaient en un prurit buccal modéré, c’est-à-dire des démangeaisons liées à l’allergie à l’endroit où le comprimé était déposé. Des gonflements de la bouche et des irritations de la gorge ont aussi été signalés.
Aujourd’hui, 98 % des désensibilisations sont réalisées par voie sublinguale, mais sous forme de gouttes. Seul un comprimé est autorisé en France, contre les pollens de graminées. Il reste moins bien remboursé que les autres approches. Mais pour Frédéric De Blay, cette désensibilisation est une voie d’avenir. « Des études ont débuté dans la désensibilisation au pollen de bouleau. On peut aussi envisager une évaluation contre le pollen d’ambroisie ou l’allergène de chat, estime-t-il. Je pense que c’est une des voies d’intérêt pour la désensibilisation. Il y en aura peut-être d’autres, mais c’est la plus avancée, et elle montre des résultats. »