- Depuis janvier, une mystérieuse maladie sévit en RDC, causant 53 décès sur 419 cas recensés. Apparue à Boloko après la consommation d'une chauve-souris, elle se propage rapidement et tue en quelques heures.
- Les analyses n'ont révélé ni Ebola ni autre fièvre hémorragique, mais plusieurs cas de paludisme. L'OMS alerte sur l'augmentation des épidémies en Afrique, exacerbées par la malnutrition et l'urbanisation.
- Si le paludisme est en cause, des campagnes de prévention sont essentielles, mais si un nouveau pathogène est impliqué, le défi sanitaire pourrait être majeur.
Depuis le mois de janvier, une mystérieuse maladie inquiète la communauté scientifique en République démocratique du Congo (RDC). Avec plus de 419 cas recensés et déjà 53 décès dans le nord-ouest du pays, l’épidémie se propage à une vitesse fulgurante, selon un rapport publié lundi par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Sa particularité : les personnes contaminées succombent dans les jours, voire dans les heures suivant l’apparition des premiers symptômes. "C'est ce qui est vraiment inquiétant", a alerté Serge Ngalebato, directeur médical du centre de santé de Bikoro (centre-ouest), cité par l'agence américaine Associated Press.
Une origine encore incertaine
Les premiers cas sont apparus dans la ville de Boloko, où trois enfants ont trouvé la mort 48 heures après avoir consommé une chauve-souris supposément porteuse du virus. Rapidement, un second foyer de contagion est apparu à Bomate, renforçant les craintes d'une propagation incontrôlable.
Face à cette situation, des échantillons de patients ont été analysés à l'Institut national de recherche biomédicale de Kinshasa. Verdict : aucun lien avec Ebola ou d'autres fièvres hémorragiques connues, mais plusieurs cas positifs au paludisme. Cette piste pourrait expliquer en partie l'épidémie, bien que des incertitudes persistent.
Un risque d'explosion des épidémies en Afrique
Ce n'est pas la première fois qu'une maladie de ce type frappe la RDC. Fin 2024, une autre épidémie, aux symptômes proches d'une grippe, avait causé de nombreux décès. Elle avait également été reliée au paludisme. Plus globalement, l'OMS redoute une éventuelle explosion des épidémies en Afrique. En juillet 2022, l'organisation publiait un rapport affirmant que sur le continent, le nombre de maladies transmises par des animaux avait augmenté de 63 % par rapport à la décennie précédente. D’après Matshidiso Moeti, directrice régionale de l'OMS, "cela représente une charge de morbidité considérable, entraînant environ un milliard de malades et des millions de décès dans le monde chaque année".
#Africa ???? is facing a growing risk of outbreaks caused by zoonotic pathogens.
— WHO African Region (@WHOAFRO) July 14, 2022
There has been a 63% increase in the number of zoonotic outbreaks in the region in the decade from 2012-2022 compared to 2001-2011, according to a @WHO analysis ➡️ https://t.co/b6mnJVKydw pic.twitter.com/V6QEPSSSQB
Cette situation met en lumière la problématique des zoonoses, ces maladies transmises de l'animal à l'Homme. L'urbanisation croissante et l'insécurité alimentaire en RDC favorisent leur propagation. En 2023, Peter Musoko, représentant du Programme alimentaire mondial (PAM), alertait : "La RDC connaît la plus grande crise alimentaire au monde, avec 25,8 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire." Une malnutrition qui pousse certaines populations à se nourrir d'animaux sauvages potentiellement porteurs de maladies.
Si le lien avec le paludisme se confirme, la priorité sera d'intensifier les campagnes de prévention et d'accès aux soins. Mais si un nouveau pathogène est en cause, cette épidémie pourrait poser un véritable défi sanitaire international. Dans tous les cas, cette crise sanitaire illustre une fois de plus la fragilité des systèmes de santé en Afrique face à l'émergence de nouvelles maladies.