- Le risque de méningiome associé à la prise d’une pilule contenant du désogestrel est très faible.
- Il concerne les femmes de plus de 45 ans ou celles prenant ce traitement depuis plus de cinq ans.
- Ainsi, l’ANSM préconise une IRM cérébrale uniquement pour les patientes présentant des signes évocateurs de méningiome ou à l’instauration d’un traitement par désogestrel, en cas d’exposition antérieure de plus d’un an à un ou plusieurs progestatifs à risque.
Dans de précédentes recherches, le groupement d’intérêt scientifique EPI-PHARE avait alerté sur un risque de méningiomes, des tumeurs des méninges qui entourent le cerveau, associé à certains progestatifs : "Androcur (acétate de cyprotérone), Lutéran (acétate de chlormadinone), Lutényl (nomégestrol), Dépo Provéra (acétate de médroxyprogestérone), Colprone (médrogestone) et Sugestone (promégestone)." Ce 20 mars, l’équipe a publié les résultats d’une nouvelle étude au cours de laquelle elle a évalué en vie réelle le risque de méningiome intracrânien opéré associé à l'utilisation d’autres progestatifs contraceptifs très largement utilisés en France. Les traitements en question étaient le désogestrel (75µg), le lévonorgestrel (30µg) et la combinaison lévonorgestrel-éthinylestradiol (50-150µg). Après avoir analysé les données du Système national des données de santé, les chercheurs ont recruté 8.391 femmes opérées d’un méningiome intracrânien entre 2020 et 2023.
Méningiome : une hausse "très faible du risque" chez les femmes sous désogestrel depuis plus de 5 ans
Selon les résultats, l’utilisation du lévonorgestrel, seul ou combiné à l’éthinylestradiol, n’est pas associée à une hausse du risque de méningiome intracrânien, quelles que soient les durées d’exposition. "Une augmentation très faible du risque de cancer du cerveau a été identifiée chez les femmes de plus de 45 ans, lors de l'utilisation prolongée et en cours de contraceptifs à base de désogestrel seul dosé à 75 µg. Ce risque augmente avec la durée d’utilisation : il apparait à partir de cinq ans d’utilisation et est multiplié par deux au-delà de sept ans d’exposition." Cependant, le risque de méningiome lors de la prise prolongée du désogestrel est très inférieur à celui observé avec la prise d’Androcur (acétate de cyprotérone), de Lutéran (acétate de chlormadinone) et de Lutényl (nomégestrol). "Aucun risque de méningiome n’a été observé en cas de durée d’utilisation de moins d'un an du désogestrel, sauf lors d’une utilisation antérieure d’autres progestatifs à risque." D’après l’étude, en moyenne, un cas de méningiome intracrânien opéré est observé pour 67.000 patientes exposées au désogestrel quelle que soit la durée d’exposition et un cas pour 17.000 femmes exposées plus de cinq ans.
Pas d’IRM systématique pour les patientes utilisant une micropilule contraceptive
Face à ces données, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a émis de nouvelles recommandations. D’abord, elle préconise de ne pas arrêter la contraception sans l’avis d’un professionnel de santé. Ensuite, l'autorité sanitaire ne recommande pas d’effectuer une IRM cérébrale de façon systématique pour les femmes sous désogestrel à la différence de celles prenant des progestatifs à risque important de méningiome (chlormadinone, cyprotérone, nomégestrol, médrogestone et médroxyprogestérone).
Ainsi, cet examen d’imagerie est conseillé uniquement pour les patientes présentant des signes évocateurs de méningiome ou à l’instauration d’un traitement par désogestrel, en cas d’exposition antérieure de plus d’un an à un ou plusieurs progestatifs à risque. "Par mesure de précaution, ces recommandations s’appliquent également aux pilules combinées à base de désogestrel 150 µg / éthinylestradiol ainsi qu’à l’implant contraceptif Nexplanon."
En cas de signes évocateurs de méningiome (maux de tête fréquents, de troubles de la vision, une faiblesse dans les bras ou les jambes, une paralysie, des troubles du langage ou de l’audition, des troubles de l’odorat, des convulsions, une perte de mémoire, des vertiges), il convient de consulter un professionnel de santé. "Une IRM pourra vous être proposée par mesure de précaution." Si un cancer du cerveau est détecté, le traitement doit être arrêté et un avis neurochirurgical est requis.
Contraception : les bonnes pratiques d’utilisation
Pour rappel, la contraception doit être réévaluée régulièrement avec son médecin au regard de son âge, de ses antécédents, médicaux, de son mode de vie et de ses choix. "En cas d’antécédent de méningiome ou de méningiome existant, un traitement progestatif ne doit pas être utilisé sauf exception, à discuter de façon pluridisciplinaire", indique l’ANSM. Avant toute prescription ou changement de contraception hormonale progestative, les professionnels de santé doivent vérifier les précédents traitements par progestatifs utilisés par la patiente ainsi que leur durée d’utilisation. "Après 45 ans, réévaluez la pertinence du maintien d’une contraception par désogestrel compte-tenu du risque de méningiome et évitez de prescrire des associations oestro-progestatives en relais, au regard du risque de thrombo-embolie veineuse ou artérielle associé."