
De nombreuses études ont montré que les personnes atteintes de troubles psychiatriques avaient un risque deux fois plus élevé de mort subite cardiaque, toutes tranches d'âge confondues. Toutefois, elles n’avaient pas évalué le rôle des antidépresseurs sur ce risque. Une équipe danoise a décidé de se pencher sur la question.
Elle a découvert que ce type de traitement augmente le risque du patient de périr d’un événement cardiaque inattendu. Les résultats ont été présentés à l'EHRA 2025, le congrès scientifique de la Société européenne de cardiologie qui se tient à Vienne jusqu’au 1er avril 2025.
Antidépresseur : un risque de mort subite jusqu’à 2 fois plus élevé
Afin d’évaluer l’impact des antidépresseurs, les chercheurs ont examiné tous les décès survenus au Danemark parmi la population âgée 18 à 90 ans en 2010. Ils ont repéré les morts cardiaques subites en se fiant aux dossiers d’autopsie et aux certificats de décès. Ils ont aussi évalué l’exposition aux antidépresseurs en fonction du remboursement des prescriptions. Ils ont distingué sur ce point deux groupes : les personnes qui ont pris ces médicaments au moins deux fois au cours d’une année pendant 1 à 5 ans et ceux qui en ont pris 6 ans ou plus.
Parmi les 4,3 millions d'habitants âgés de 18 à 90 ans en 2010, les scientifiques ont recensé un total de 45.701 décès, dont 6.002 morts subites de l’adulte. De plus, 643.999 personnes avaient pris des antidépresseurs.
Les analyses ont révélé que le taux d'incidence de mort cardiaque subite était significativement plus élevé dans les groupes ayant pris des antidépresseurs dans toutes les tranches d'âge, à l'exception des 18-29 ans pour lesquels l'association n'était pas statistiquement significative.
"Lorsque les données ont été ajustées en fonction de l'âge, du sexe et des comorbidités, par rapport à la population générale non exposée, le groupe exposé aux antidépresseurs pendant 1 à 5 ans présentait un risque 56 % plus élevé de mort cardiaque subite, tandis que ceux ayant pris des antidépresseurs durant six ans ou plus présentaient un risque 2,2 fois plus élevé", indiquent les auteurs dans leur communiqué.
Antidépresseur et mort cardiaque : un lien encore mystérieux
Selon les résultats obtenus, plus la durée de la prise d'antidépresseurs est longue, plus le patient a un risque de décès cardiaque inattendu important. "Les personnes exposées pendant 6 ans ou plus présentaient un risque encore plus élevé que celles exposées pendant 1 à 5 ans, comparativement aux personnes non exposées aux antidépresseurs dans la population générale", précise le Dr Jasmin Mujkanovic du Rigshospitalet Hjertecentret (Copenhague, Danemark) et co-auteur de l'étude.
L’étude n’a pas trouvé l’origine de l’association découverte. Toutefois, l’expert a avancé plusieurs hypothèses à cette hausse du risque de mort cardiaque subite chez les patients sous antidépresseurs. En premier lieu, il soupçonne les effets indésirables potentiels du médicament.
"Cependant, la durée d'exposition aux antidépresseurs pourrait également servir de marqueur d'une maladie sous-jacente plus grave. De plus, cette augmentation pourrait être influencée par des facteurs comportementaux ou liés au mode de vie associés à la dépression, comme un recours tardif aux soins et une mauvaise santé cardiovasculaire", ajoute-t-il.
Face à ces mystères, il préconise des recherches supplémentaires pour mieux comprendre les mécanismes en jeu dans l'association mise en lumière par ses travaux.