SOS Médecins, tout le monde connaît. Leurs voitures font partie du paysage depuis bientôt 50 ans. Mais, peu de Français savent que ces spécialistes de la visite à domicile ont aussi des cabinets. A Lyon, Marseille, Nantes, Amiens, ou encore récemment à Bastia, dans toutes ces villes, SOS Médecins France a ouvert des lieux d'accueil fixe permettant aux patients sans offre de soins de consulter librement. Et pour tisser encore un peu plus sa toile sur l'ensemble du territoire, ce réseau de 70 associations d'urgentistes libéraux vient d'inaugurer ce jeudi le premier lieu d'accueil fixe dans la capitale ouvert sept jours sur sept. La nouvelle structure qui se situe au 128 boulevard Macdonald (Paris XIX) est ouverte depuis le mois de mars et fonctionne de 8H00 à 20H00, sauf le samedi matin. Le but de cette initiative : répondre aux besoins d'un quartier qui a une faible démographie médicale et qui jouxte plusieurs communes de banlieue, elles aussi sous dotées en offres de soins.
Combler la pénurie en médecins du week end
« Il y a des zones d'intervention, notamment dans l'est de Paris et dans le sud de la banlieue 93, où la densité médicale est particulièrement faible, »souligne le Dr Serge Smadja, président de SOS Médecins Paris Ile-de-France. Problème, il y a dans ces mêmes zones une forte population.
Alors, pour améliorer sa réponse aux nombreuses demandes de soins qu'elle reçoit H24, l'association a décidé de mettre en place un deuxième point fixe de consultation dans la capitale, après celui ouvert boulevard Port-Royal (XIIIe) il y a dix ans. Tous deux ont pour mission de prendre en charge des patients en demande de soins urgents ou nécessitant des soins non programmés qui n'ont pas pu être effectués faute de médecins disponibles.
Petite précision du Dr Serge Smadja, en principe, ces consultations sont censées concerner, « uniquement de la petite urgence » (otite, bronchiolite, varicelle etc..). Le praticien insiste bien sur le fait qu'elles ne doivent surtout pas servir pour vacciner ou délivrer des certificats médicaux.
Et cette offre nouvelle, de plus en plus de Français y ont le droit. Car dans la quasi totalité des villes où SOS Médecins est présent (62), l'association a mise en place ses structures fixes d'accueil des patients. « Seule une ou deux villes n'en sont pas pourvues », précise le président de l'association en Ile-de-France. L'objectif du 100 % devrait bientôt être atteint, selon lui.
Ecoutez le Dr Serge Smadja, secrétaire général de SOS Médecins France : « Nous ne sommes pas des médecins traitants. Il s'agit de prendre en charge les patients qui n'ont pas trouvé de solutions ailleurs. Ca rassure les riverains. »
Les urgentistes craignent une surconsommation de soins
Enfin, du côté de certains urgentistes hospitaliers, le son de cloche est un peu différent. « Le fait que la population puisse bénéficier de points de consultation fixes est plutôt une bonne chose. Mais ce qui pose problème, c'est qu'on est dans une formule commerciale qui place le patient en consommateur », explique pour sa part le Dr Christophe Prudhomme, porte parole de l’AMUF, l’association des médecins urgentistes de France.
Or, face au développement de ces structures ce médecin rappelle, comme les généralistes, que la bonne prise en charge des patients c'est par un médecin traitant. « Avec ces lieux fixes occupés par des équipes de médecins tournants qui fleurissent un peu partout, on constate de plus en plus que les patients n'ont plus de médecins traitants et qu'ils viennent consommer du soin parce que c'est plus simple d'avoir une consultation sans rendez-vous. Pourtant, si le malade ne consomme que de la consultation sans rendez vous et des urgences (lorsque c'est plus grave), comment fait-on ensuite pour le réintroduire dans un parcours de soins cohérent ? », interroge-t-il.
Par ailleurs, ce syndicaliste soutient que l'idéal est de redonner sa place au parcours de soins pour les patients dans les grandes zones urbaines. « Ponctuellement, oui, ça peut repondre à un besoin mais ça ne permet pas de prendre en charge correctement les patients dans la continuité ! »
Enfin, Christophe Prudhomme reconnaît que ces nouveaux lieux d'accueil fixes représentent un atout face au problème de la saturation des urgences. « C'est mieux que rien, même si ça reste un palliatif de plus. Mais le problème des urgences est beaucoup plus vaste. Il est dû au fait qu'il n'y a pas d'organisation correcte de l'offre des soins en ville. Croyez-moi, ce genre d'annonce ne rime pas avec la fin de nos soucis concernant l'engorgement de nos services. »
Ecoutez le Dr Christophe Prudhomme, porte parole de l’association des médecins urgentistes de France : « De nombreuses pathologies ne sont pas diagnostiquées lorsqu'on consomme des consultations sans cesse. En changeant constamment de médecins, le patient ne bénéficie pas d'un bon suivi médical...»